Par James Duthie, The Ottawa Citizen
Publié le samedi 13 octobre 2007
Au moment où vous lisez ceci, je suis probablement dans un aréna.
Peu importe le moment où vous le lisez : en pyjama le samedi matin, pendant le lunch, avant le souper, je suis probablement dans un aréna.
Zut, je suis en train d’écrire ce papier dans un aréna. Je suis à la pratique de hockey du jeudi (qui suit le patinage de vitesse du mardi, la partie du mercredi et précède un tournoi vendredi, samedi, dimanche).
Parce que cette année, j’ai joint la secte connue sous le nom des « parents de ceux qui jouent dans le ‘‘A’’ ». N’ayez pas peur, je ne vous veux aucun mal.
Après deux ans dans une ligue ‘‘C’’, mon fils de sept ans joue sa première année de hockey mineur novice ‘‘A’’. Et il a un plaisir fou.
Donc, je suis tout excité pour lui.
Et terrifié pour moi.
J’aime le hockey, mais ceci est complètement dingue.
Le niveau ‘‘C’’, c’était le Club Med. Une petite pratique par semaine en soirée, une partie tranquille le samedi matin et le reste de la fin de semaine nous appartenait au complet. On allait au cinéma, on amenait les enfants au parc, on faisait des travaux autour de la maison. Bon, bon, je n’ai jamais fait de travaux autour de la maison…
Maintenant? Mes fins de semaine sont comme un épisode de La Course folle.
« Pour remplir votre tâche, vous devez amener votre fils à l’aréna avant 8 heures, vos filles à la gymnastique avant 9 h 30, ramasser en passant le beigne qui sera votre unique repas de la journée, aller faire l’épicerie, aller chercher les trois enfants, laisser les filles à leur cours de patinage et ramener votre fils pour sa seconde partie avant midi. Les derniers parents à arriver seront éliminés. »
Mon épouse et moi, nous devons maintenant retenir nos dates six mois d’avance. En mars, nous irons voir un film. Peut-être même prendre un verre après. On est rendus fous comme ça.
Et apparemment, nous nous en tirons aisément! Notre entraîneur est détendu et… sain d’esprit. Il ne nous crie jamais de noms si nous avons à manquer une pratique ou une partie.
Le garçon du voisin de la porte d’à côté est un joueur de 10 ans ‘‘AA’’. Il est sur la glace cinq à six fois par semaine et il a neuf tournois à disputer avant Noël. Tous obligatoires. Neuf!?!. Ça veut dire neuf vendredis sans école. Neuf fins de semaine complètes à l’eau... Pouf! Comme un truc de magie de David Blaine.
Et vous, les parents qui avez deux ou trois enfants dans le ‘‘A’’? Je ne sais absolument pas comment vous y arrivez. Êtes-vous capables d’arrêter le temps comme le gars dans Heroes? Avez-vous maîtrisé la téléportation? Vous êtes-vous clonés?
Comprenez-moi bien, j’aime aller à l’aréna autant que n’importe qui. Quoi de mieux que d’observer son fils en train de transformer finalement son habituel lancer frappé en un véritable tir des poignets. (Je pense qu’il y a quelques joueurs des Leafs qui n’y sont pas encore arrivés.)
Mais je me demande déjà quand est-ce que trop, c’est trop. Donc j’ai téléphoné à une couple de papas que je connais pour leur demander leur opinion.
« Deux ou trois fois par semaine sur la patinoire, ça suffit amplement », déclare Martin, le père de deux jeunes garçons.
« Et jamais jamais plus de quatre fois par semaine, même dans le ‘‘A’’ », ajoute Marty, qui a deux filles. « Laissons-les vivre d’autres expériences. »
Oh, au fait, les noms de ces deux papas? St-Louis et Turco.
Ouais. Deux des meilleurs joueurs de la LNH n’ont jamais joué au hockey dans leur enfance autant que nos petits gars aujourd’hui. En fait, presque chaque joueur à qui j’en parle dit la même chose. Nos enfants sont sur la glace beaaaauuucoup trop souvent.
« Le hockey pendant l’été m’embête tout particulièrement », déclare Turco. « Enlevez la glace. Je n’ai jamais joué durant l’été. J’ai joué à bien d’autres sports. Bien sûr, le hockey me manquait, mais je n’en suis jamais venu à détester ça parce que j’avais trop joué. »
Le gardien de but a raison. Nous avons tous vu le regard vitreux de ces petits robots du hockey toutes saisons, de qui on a pompé avant 10 ans toute la passion du jeu. Évidemment, il y en a qui pourraient s’élancer sur la glace quatre heures par jour et pour qui ce ne serait pas encore suffisant.
Donc nous allons observer notre fiston attentivement afin de voir de quel côté il penche. Si le plaisir d’évoluer dans le niveau ‘‘A’’ commence à s’estomper, nous reviendrons avec bonheur au Club Med.
Mais pour l’instant, la Course folle continue.
Et nous survivons. Ça ne consume pas tout à fait notre vie entière.
En fait, ce soir, nous n’avons pas de hockey! Nous allons… à une collecte de fonds pour l’équipe.
Voulez-vous acheter un billet de tombola?
JAMES DUTHIE est l’hôte de la LNH sur le réseau TSN. Observez-le mardi soir alors que les Canadiens de Montréal reçoivent les Panthers de la Floride.
© The Ottawa Citizen 2007